Conférence de M. Antoine Garapon au Collège de droit : « Le tournant réparatif de la justice »

Le vendredi 30 janvier 2026, le Collège de droit a eu l’honneur d’accueillir Antoine Garapon à l’occasion d’une conférence consacrée au tournant « réparatif » de la justice contemporaine.

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Cette conférence, organisée par le Collège de droit, a débuté par la présentation du riche parcours académique et professionnel de Monsieur Antoine Garapon par le Professeur Cécile Pérès, directrice du Collège de droit. Docteur en droit de l’université Paris Panthéon-Assas, juge des enfants, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, enseignant à l’École nationale de la magistrature, Antoine Garapon est également membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la justice, parmi lesquels on citera le dernier paru : Pour une autre Justice. La voie restaurative publié en 2025 aux Presses universitaires de France.

Madame Élodie Djordjevic, directrice des études du Collège de droit, a ensuite introduit le thème de la conférence en rappelant l’apparition récente de la justice restaurative en droit français depuis la loi du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales. Présentée comme étant complémentaire à la justice pénale, la justice restaurative vise, par l’organisation d’un dialogue entre la victime et l’auteur de l’infraction, à favoriser la reconstruction de la première comme la responsabilisation la réintégration dans la société du second. Ce faisant, son ambition est de répondre à des attentes de justice que la justice pénale ne paraît constitutivement pas à même d’assumer. La compatibilité de ces modalités radicalement différentes de déterminations de l’infraction comme du rapport à l’auteur et à la victime de celle-ci que charrient les approches pénale et restaurative se présente toutefois comme étant problématique, tant les principes qui les soutiennent semblent distincts, voire contradictoires entre eux. Se posent ainsi, notamment, la question du caractère proprement juridique de la justice restaurative et, plus avant, celle de savoir jusqu’à quel point le droit au sens strict peut répondre aux exigences de justice qui en ont suscité l’émergence.

Rappelant, avec Gilles Deleuze, qu’« il n’y a qu’une seule morale : celle d’être à la hauteur de ce qui nous arrive », Monsieur Garapon a introduit son propos en soulignant, d’une part, l’impérieuse nécessité pour le droit d’être au centre des transformations sociales actuelles et, d’autre part, la mutation liée à la montée en puissance de la figure de la victime dans notre société, ainsi qu’en témoignent en littérature la parution et le succès d’ouvrages abordant le thème de l’intime pour la victime d’agressions. En résulte, pour le droit et la justice, un tournant réparatif, caractéristique de la période contemporaine.

Ce tournant conduit à remettre en cause l’imaginaire libéral du droit et la place longtemps marginale accordée à la victime dans le procès pénal. La victime d’agressions – singulièrement d’agressions sexuelles se perçoit désormais non seulement comme victime d’un auteur, mais aussi d’un ordre social défaillant. Dès lors, la justice ne peut plus se réduire à une fonction exclusivement punitive ni se résumer à la preuve de l’établissement matériel d’un fait ; elle doit intégrer des mécanismes de réparation dans lesquels la place de la parole de la victime devient centrale et n’est plus transformée à travers celles de l’enquêteur, de l’expert, du magistrat ou de l’avocat. C’est une parole immédiate et écoutée pour elle-même, en amont et en aval des faits d’agression, dans un cadre procéduralisé représentant symboliquement la société. La parole de la victime ne se limite plus, dans cette justice restaurative, aux faits d’agression eux-mêmes ; elle s’étend au-delà, à l’ensemble de la vie, souvent brisée, de la personne. Si la justice restaurative s’avère particulièrement utile lorsque les poursuites pénales sont prescrites (ce qui est souvent le cas dans l’hypothèse d’agressions sexuelles sur de jeunes enfants en raison de la longue amnésie post-traumatique souvent observée en pratique) ; elle peut l’être également comme une alternative à la justice pénale, souvent décrite par les victimes comme une « broyeuse ».

Illustrant son propos par divers exemples tirés de son expérience pratique, Monsieur Garapon a insisté sur les apports spécifiques de la justice restaurative, laquelle repose sur une approche globale de la personne et vise à restituer à la victime une capacité à renouer avec l’existence.

La conférence s’est achevée par de nombreux échanges avec les étudiants du Collège de droit, poursuivis au-delà même de la conférence, permettant d’appréhender concrètement les enjeux, les limites et les perspectives de la mise en œuvre de la justice restaurative.

Le Collège de droit, le Professeur Cécile Pérès, Madame Élodie Djordjevic et l’ensemble des étudiants tiennent à remercier très sincèrement Monsieur Antoine Garapon de leur avoir présenté un regard renouvelé et profondément humain sur la justice pénale.

Par Anéki MENDY et Marie RIBEIRO, étudiants du Collège de droit


La conférence en images

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2026-01-30 Conférence Collège de droit (A. Garapon)

 

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2026-01-30 Conférence Collège de droit (A. Garapon)

 

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2026-01-30 Conférence Collège de droit (A. Garapon)

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