Conférence de M. Emmanuel de Waresquiel au Collège de droit

Le vendredi 10 avril 2026, le Collège de droit a eu le privilège de recevoir en ses murs Monsieur Emmanuel de Waresquiel, à l’occasion d’une conférence dédiée à son dernier ouvrage, Il nous fallait des mythes. La Révolution et ses imaginaires, de 1789 à nos jours, paru aux éditions Tallandier en 2024.

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Historien, spécialiste des représentations politiques, auteur d’une œuvre abondante mêlant travaux scientifiques et biographies, Emmanuel de Waresquiel s’intéresse particulièrement aux liens entre histoire et mémoire ainsi qu’aux constructions et déformations des récits historiques dans le temps. Il a également dirigé de nombreux projets éditoriaux et participé à plusieurs institutions scientifiques. Élu en 2025 à l’Académie des sciences morales et politiques, il poursuit sa réflexion sur les imaginaires politiques, notamment dans son ouvrage récent consacré aux mythes de la Révolution française.

La conférence, introduite par Monsieur le professeur Olivier Descamps, historien du droit, a ainsi porté sur la manière dont la Révolution française a construit ses propres mythes pour légitimer la rupture politique de 1789. À partir d’événements historiques bien documentés, tels que le serment du Jeu de paume du 20 juin 1789 ou la prise de la Bastille du 14 juillet 1789, l’historien montre que certaines dimensions ont été progressivement oubliées ou transformées au profit d’un récit politique cohérent et mobilisateur. C’est de cette façon que des événements initialement secondaires ou ambigus ont été érigés en symboles majeurs, tandis que d’autres, pourtant essentiels, comme la proclamation de l’Assemblée nationale le 17 juin 1789, ont été relégués au second plan.

La Révolution n’ayant pas simplement produit des événements, elle a surtout produit leur interprétation dans une logique de reconstruction mémorielle. Le serment du Jeu de paume, par exemple, apparaît rétrospectivement comme un acte fondateur de la souveraineté nationale, alors qu’il a été sur le moment un geste marqué par la peur d’une répression royale. De même, la prise de la Bastille, reddition davantage que victoire militaire, a été transformée en symbole de la souveraineté populaire et de la chute de l’absolutisme.

Cette interprétation s’est trouvée renforcée par les représentations iconographiques qui occupaient une place centrale dans la société largement analphabète. En diffusant une vision à la fois idéalisée et unifiée de la Révolution, les peintures et gravures, notamment, ont occulté les violences et divisions internes, au profit d’une représentation d’un peuple légitime, souverain et maître de son destin. Dans le même esprit, certains discours ont été érigés en symboles, tandis que d’autres ont été oubliés, marginalisés ou déformés. Avec le temps, la mémoire collective a surtout retenu les paroles et figures des vainqueurs, laissant les autres éléments du tableau dans l’ombre. En guise d’illustration, Monsieur Emmanuel de Waresquiel a pu souligner que la réalité pourtant largement rurale de la France en 1789 est restée en grande partie absente de ces représentations, au profit des élites.

Au-delà des événements, notre invité a replacé la Révolution dans son contexte socio-économique et climatique désastreux lié à la crise frumentaire consécutive aux mauvaises récoltes de 1788-1789, à l’augmentation du prix du blé, à la pression fiscale ou encore à l’endettement de l’État. Il a également mis en évidence la nécessité d’articuler les données climatiques, économiques et démographiques pour comprendre les événements historiques.

Cette conférence a mis en lumière le fait que la Révolution française n’est pas seulement un enchaînement d’événements, mais une construction mémorielle et politique. À travers la sélection, la transformation et la mise en récit de certains épisodes, un imaginaire révolutionnaire s’est imposé, pour légitimer le nouveau pouvoir. La conférence s’est achevée par un échange avec les étudiants au cours duquel Monsieur Emmanuel de Waresquiel a pu les inciter à adopter un regard critique sur les récits historiques, en replaçant les événements dans leur contexte tant social qu’économique ou symbolique.

Les étudiants du Collège de droit, Madame le professeur Cécile Pérès, sa directrice, et Monsieur le professeur Olivier Descamps remercient chaleureusement Monsieur Emmanuel de Waresquiel pour son intervention, si enrichissante, sur la mémoire et les symboles de la Révolution française.

> Se procurer l’ouvrage de M. Emmanuel de Waresquiel 

Compte-rendu rédigé par Alicia Dujardin, étudiante de première année du Collège de droit

 

La conférence en images
 

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