Moments judiciaires et musicaux – « La parole des autres »

Le jeudi 22 janvier 2026, l’École de droit a réuni juristes et musiciens afin d’harmoniser leurs domaines respectifs autour d’un thème commun : « la parole des autres ».

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L’évènement a fait l’objet de la publication d’un article au sein de la Semaine juridique (JCP G 2026, doctr. 209) reproduit ici avec l’aimable autorisation des éditions LexisNexis et de la Semaine juridique – édition générale.

À cette occasion, sont intervenus M. Jacques BOULARD (premier président de la cour d’appel de Paris), M. Antoine GARAPON (magistrat et sociologue), Me Antoine GOSSET-GRAINVILLE (président d’AXA et avocat à la Cour), Me Negar HAERI (ancienne secrétaire de la Conférence et avocat à la Cour) ainsi que Me Pierre HOFFMANN (bâtonnier sortant de l’Ordre des avocats).

Interrogés en premier lieu sur le lien entre parole et écoute dans le cadre du procès, les intervenants ont insisté sur la relation de causalité réciproque entre ces deux notions : non seulement faut-il bien parler pour être écouté, mais une écoute attentive encourage également une parole efficace. L’écoute se place ainsi au cœur de la fonction juridictionnelle, tant en matière pénale qu’en matière civile, et constitue une condition essentielle du procès équitable. Cette exigence est d’autant plus cruciale que la participation des victimes et des enfants à la procédure suppose qu’ils se sentent effectivement entendus par l’institution judiciaire. L’écoute, sans être indifférente, doit demeurer impartiale. Il convient néanmoins de relever que, dans de nombreuses procédures, notamment celles opposant les entreprises aux autorités économiques de régulation, la parole orale ne joue qu’un rôle complémentaire par rapport à la parole écrite et se doit d’être concise et efficace.

Les invités ont ensuite été interrogés sur la difficulté probatoire inhérente aux situations de « parole contre parole », et ce quelles que soient les manifestations de la parole, y compris le silence. Les intervenants ont souligné la professionnalisation croissante des techniques de recueil et d’évaluation des déclarations, qui requièrent souvent des formations spécifiques, en particulier en matière pénale s’agissant des victimes. Ainsi, la parole de l’enfant peut apparaître incohérente sans que cela ne soit nécessairement un mensonge, mais plutôt l’expression d’un traumatisme, distinction dont l’établissement suppose l’intervention d’acteurs expérimentés. À l’inverse, en matière commerciale, la parole demeure plus effacée, appuyant l’écrit, de sorte que son interprétation appelle un encadrement moins spécialisé.

La troisième question posée aux invités portait sur la justice restaurative. Définie à l’article 10-1 du code de procédure pénale, la justice restaurative permet à la victime et à l'auteur d'une infraction de participer à la réparation des préjudices qui en résultent. Cette nouvelle forme de justice étant considérée comme secondaire, on ne peut estimer son utilité concrète. Son recours témoigne de l’effet libératoire de la parole pour les victimes. Cependant, la parole n’est pas toujours un outil utile pour la protection des parties, elle peut aussi renforcer le préjudice lorsqu’elle est volontairement agressive.

La dernière question attire l’attention sur la parole des tiers dans le procès médiatisé ainsi que la place du juriste dans le climat hostile des réseaux sociaux. Du côté des juges, la rigueur imposée par le devoir de réserve les oblige à juger sans tenir compte des projecteurs. Du côté de l’avocat, la lumière qu’un instant médiatique pourrait attirer sur lui ne doit pas être un prétexte à la prise de parole inconsidérée. Néanmoins, du côté des entreprises, il peut y avoir un intérêt à la médiatisation des affaires lorsque les commentaires donnent un éclairage sur l’état des attentes de l’opinion publique.

À l’issue du débat, une synthèse a été improvisée par le Professeur Pierre-Yves GAUTIER. La parole est un rapport dialectique et humain mais elle peut occasionnellement être perturbée par le ressentiment et l’agressivité. La conclusion de l’échange est alors la suivante : il faut un silence pour savoir écouter la parole des autres.

Après avoir achevé les discussions sur le thème de la parole, les invités ont laissé place à l’une de ses formes animée et vivante : la musique. Ce moment a été offert par l’avocate et pianiste Me Negar HAERI et le violoncelliste Henri DEMARQUETTE qui ont interprété l’Arpeggione Sonate de Franz Schubert et la Suite no 3 de Jean-Sébastien BACH.

Compte-rendu rédigé par Alexandra BOUSTANY et Tess GUETTIER, étudiantes de l’École de droit

La soirée en images

École de droit

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